Du livre papier…

C’est une discussion qui revient régulièrement dans ma timeline Twitter : opposition entre livre papier et livre électronique (ebook).

Il ressort de pratiquement toutes ces discussions que chacun se devrait d’être dans un camp ou dans l’autre, comme si une position intermédiaire n’était absolument pas possible. C’est le ressenti que j’ai à chaque fois… et à chaque fois, ça me désole.

Peut-être vais-je décevoir certains de mes ami•e•s et/ou followers dans ce billet ; j’espère que non mais sinon, tant pis, ce billet est dans la catégorie « opinion » :)

La polémique

Il semble donc qu’il y ait opposition entre partisans du livre électronique (dont je suis) et les partisans de cet objet si cher à notre cœur, le livre papier avec son odeur, les sensations qu’il y a à le tenir dans ses mains et le dévorer (dont je suis).

Comment ça, serais-je dans les deux camps ?

Évidemment que je suis dans les deux camps puisque pour moi, il n’y a nullement opposition ni même deux camps tout court…

Substantifique mœlle

Tout simplement, et c’est sans doute ici que je puis « choquer », le medium n’a aucune importance, seul compte, pour paraphraser Rabelais dans le prologue de « Gargantua », la substantifique mœlle1 de chaque livre, c’est-à-dire les mots.

Oh, je suis le premier à aimer prendre un livre dans mes mains, le manipuler 2, l’ouvrir pour le savourer ou le dévorer selon mon envie et le temps que je puis y consacrer. J’adorerais me perdre dans une librarie ou une bibliothèque pendant des heures ou des jours et rien ne me fascine plus que ces rangées de livres…

Je me souviens encore de mon irrépressible envie de posséder le livre de Jean-François Champollion sur les principes de l’écriture sacrée égyptienne, spécialement dans cette édition de 1986, avec des reproductions des dessins de Champollion sur un papier magnifique, malheureusement trop cher pour moi à cette époque. Tout comme j’ai dans ma jeunesse écumé la bibliothèque municipale de Vanves et littéralement dévoré les livres de la collection Fleuve Noir dans tout ce qu’elle offrait de science-fiction de l’époque.

Hiéroglyphes

Donc voila, je suis et reste fan de l’objet. Je déteste toujours autant voir des gens écrire des notes dans des livres, surligner des passages (même si je peux comprendre qu’ils en aient besoin — enfin, presque) et pire, des gens lire n’importe comment en tordant les pages ou en pliant un coin pour ne pas avoir à se souvenir de la dernière page lue.

À côté de ces considérations, je vais — à titre totalement personnel bien évidemment — redescendre sur terre : suite à quelques événements dans ma vie, la plupart de mes livres ont été des années durant dans des cartons de déménagement, n’ayant pas la place pour les ranger dans un appartement qui ne pouvait leur être dédié, les deux enfants que nous avons eus prenant une place que personne n’oserait leur disputer.

Et après ma séparation, la maison que je trouvais, aussi sympathique qu’elle soit (et je l’aime encore malgré ses nombreux défauts), ne peut, et loin s’en faut, tous les héberger. Je suis donc dans la situation où la moitié de mes livres est dans des cartons dans un appartement difficile d’accès et le reste est dans mes deux bibliothèque Ikea (ah les célèbres Billy) au 1er étage. Récupérer l’ensemble de ces livres demanderait que j’aménage de manière assez compliqué cette maison dont je ne suis que locataire et j’avoue n’avoir ni le courage ni vraiment la technique (je ne suis pas un manuel et le bricolage et moi faisons trois).

Du coup, j’avais le choix entre réfréner mon envie de lecture ou trouver une solution, ce que je fis, le besoin de lire est trop fort chez moi. La solution, aussi imparfaite qu’elle soit, fut de me tourner, ci par un PDF, là par un .LIT vers la lecture sur un instrument numérique, d’abord un téléphone (mon HTC P3300 en 2007 puis iPhone 3GS/4S) et enfin maintenant un iPad Mini Retina.

Je discute souvent et propose aux gens de prendre des liseuses même si je n’en ai pas moi-même pour plusieurs raisons :

  1. ça me ferait un périphérique de plus à trimbaler, certes plus petit et plus léger et disposant d’une meilleure autonomie que l’iPad ;
  2. la plupart des liseuses ne sont adaptées qu’à la lecture de livres « purs » sans dessins ou schémas colorés ;
  3. l’iPad est suffisamment petit pour que je l’ai toujours avec moi et la synchronisation des positions de lecture avec le téléphone compense très bien son poids ;
  4. je fais pas que lire avec, il m’arrive de jouer, d’aller sur twitter, etc.3

Je me suis au fil du temps constitué une bibliothèque numérique — gérée par Calibre évidemment — de plusieurs centaines de livres, en essayant d’abord de trouver sous cette forme les livres papier que j’ai puis, l’habitude et le plaisir aidant, en en achetant de nouveaux — entre 20 et 30 par an, toutes plateformes confondues. J’en ai aussi récupéré par des moyens moins avouables, un peu par « collectionnisme » 4 et aussi parce qu’il est difficile de tous les trouver légalement, certains éditeurs, notamment français, ne croyant pas dans cette lecture numérique ou juste par appât du gain.

De plus, grâce à Twitter notamment, j’ai découvert de nouveaux auteurs (voir mon article en anglais sur mes lectures de 2014), souvent auto-édités, auteurs que je n’ai encore jamais vus en France ou ailleurs dans les libraries que j’ai pu fréquenter comme la FNAC, Barnes et Nobles ou Borders.

Le constat est inéluctable : je n’ai jamais autant lu que depuis que je suis passé à la lecture numérique. Je prends toujours autant mon pied à lire et à découvrir, rêver, jouir.

Car enfin, soyons sérieux.

Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ! —Alfred de Musset

Le débat papier — livre électronique n’a pas lieu d’être pour moi. Je ne pense pas que le deuxième finisse réellement par tuer le premier même si, les usages se modifiant au fur et à mesure que les gens évoluent, il est fort probable que les proportions changent.

Je ne peux pas me passer de lecture, ça m’est aussi essentiel que manger, discuter et rencontrer des gens. C’est une drogue ô combien douce, je l’admets volontiers :)

PS

Je suis aussi traditionaliste avec les livres papier qu’avec les livres électroniques : nonobstant la notion de licence ou de non-propriété édictée par les conditions générales des différentes plateformes, a fortiori lors de la présence de DRM souvent imposés par les éditeurs (parfois à l’insu des auteurs !), je considère chaque livre comme ma propriété et enlève donc systématiquement tous ces verrous numériques (voir les liens en dessous en anglais). Tout en privilégiant les plateformes sans DRM comme Smashwords.

De même, je partage un livre électronique de la même manière qu’un livre papier, je le répète, le medium n’a aucune importance et mon usage est donc le même 5.

PPS

Je reste par contre adepte du papier pour la lecture de bandes dessinées car il est beaucoup plus pratique que la lecture sur écran car ce format nécessite d’avoir un grand écran, ce qui est assez incompatible avec la lecture au lit… :)

Liens

Références

Notes

  1. La citation complète est « C’est pourquoi fault ouvrir le livre et soigneusement peser ce que y est déduict. […] Puis, par curieuse leçon et meditation frequente, rompre l’os, et sugcer la substantifique moelle,[…]. ».

  2. À chaque fois que quelqu’un dans ces discussions mentionne l’odeur du papier, je ne peux m’empêcher de penser à cette phrase du Lt Col. Kilgore dans le film « Apocalypse Now! » — I love the smell of napalm in the morning.

  3. Voire de me la faire piquer par ma fille benjamine :)

  4. Néologisme dont je revendique la paternité indépendamment de tous ceux qui auraient pu l’inventer également.

  5. Au point d’avoir un jour, voulant regarder ce que disait la 4e de couverture du livre que je lisais, retourné mon téléphone comme j’aurais retourné le livre papier. :) — heureusement que le ridicule ne tue plus, je me suis en tout cas bien marré.

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