Introverti

Un simple mot, mais il fait un monde de différence…

Ça fait longtemps que je sais être « introverti » (par opposition à « extraverti » bien sûr) mais j’ai longtemps associé à ce mot qu’une très faible partie de ma personnalité, comme ma timidité parfois maladive (pas seulement à l’égard des femmes), ma réserve naturelle en classe ou dans une assemblée.

Intéressant comme la simple méconnaissance de soi peut générer tant d’interrogations personnelles, d’incompréhension de son propre comportement dans différentes circonstances, allant jusqu’à se poser des questions sur sa santé.

Maintenant, presque par hasard, je sais.

Donc pas que je sois introverti en soi mais ce que ça veut réellement dire, dans la vie de tous les jours, dans les relations personnelles et professionnelles et j’ai maintenant espoir de pouvoir un peu plus me connaitre et m’accepter.

C’est arrivé il y a quelques jours, sur Facebook1… je vois passer un article sur « 30 problèmes que les introvertis seront les seuls à comprendre »2, sur l’un des ces sites qui semblent n’être des usines à clics, histoire de rentabiliser la pub qui s’y trouve.

Il y en a des dizaines comme ça comme Buzzfiz qui passent sur FB régulièrement (voire repassent). Parfois je clique, le plus souvent pas (même si je ne vois pas l’immense majorité de la pub.

Là, pourtant, pour une fois, ça va faire « tilt ». Je le lis, trouve trois ou quatre qui me touchent un peu plus que les autres, du coup je partage l’article3. Puis je réfléchis, y reviens, me dit « tiens, celui là aussi ». Et puis encore un autre.

S’en est suivie une discussion avec ceux qui ont lu l’article via mon partage, d’où il ressort que je ne suis pas le seul évidemment (ce n’est pas une surprise) mais aussi qu’il y a une littérature associée (ça n’est pas non plus une surprise mais je ne m’y étais jamais vraiment intéressé, ne considérant pas le sujet comme important pour moi).

Ordoncque, Erwan — que tu en sois ici remercié encore une fois — me propose un livre sur le sujet, “The Introvert Advantage: How to Thrive in an Extrovert World” (voir lien ci-dessous)4 d’une psychologue américaine, Marti Olsen Laney.

La baffe.

Littéralement. D’autant plus grosse qu’inattendue évidemment.

Oui je sais que je suis timide5, réservé, etc. Qu’à l’école je ne parlais jamais en classe (en tout cas le moins possible, on n’a pas toujours le choix), que je manquais de confiance en moi (ça n’a pas forcément beaucoup changé sauf sur des sujets que je sais bien connaitre, j’arrive à le reconnaitre maintenant) et toutes ces sortes de choses.

Mais les voir écrites, là, dans ce livre, change tout.

Je comprends pourquoi maintenant il m’arrive d’être littéralement épuisé après avoir passé du temps avec des amis ou fait des choses très sympas (genre j’ai passé mon dimanche à ne rien faire, tant vendredi et samedi soir ont été super) ;

Je comprends pourquoi je pourrais parler des heures sur certains sujets mais détester discuter avec un taxi ou mon coiffeur de tout et n’importe quoi (ah, discuter du temps…) ;

Je comprends pourquoi je peux passer du temps à ne rien faire d’autre qu’à être avec la personne qui partage[ait] ma vie et me sentir bien6, sans se poser de questions, juste « être » ;

Je comprends pourquoi, comment, je peux passer des heures, souvent tard le soir (isolement, tout ça) sur Internet (et avant via le mail) pour faire des choses, construire (mon engagement dans FreeBSD notamment) et vivre en relation avec tant de monde en utilisant cette distance sans qu’elle ne soit un obstacle, au contraire ;

Je comprends pourquoi je n’ai jamais pu avoir de rapport limité avec les femmes qui m’intéressaient (i.e. juste éprouver du désir sans être amoureux) et donc, montrant sans doute cet aspect de moi-même sans m’en rendre compte, faire « peur » à l’autre… Pardon à celles qui ont pu, si elles me lisent, se sentir offensées ou oppressées de tant d’enthousiasme et de maladresse de ma part. Je sais d’où ça vient maintenant.

Je comprends aussi pourquoi, à une période de ma vie de couple avec quelqu’un qui est plus que probablement extravertie j’avais l’impression de surnager voire de couler, de disparaitre dans l’autre et la relation, sans comprendre ce qui m’arrivait. Ce n’était pas la seule raison je pense maintenant mais cette mienne caractéristique n’a certainement pas aidé.

Je comprends aussi pourquoi j’ai des conversations dans la tête (souvent pour préparer une discussion avec quelqu’un), pourquoi je déteste répondre au téléphone à certains moments (d’accord, souvent), etc.

Pourquoi tant et tant de choses qui au fil du temps m’ont miné, fait réfléchir et parfois désespérer de moi-même…

Oh, ça n’a pas que des bons côtés, surtout associé avec la confiance qu’on peut facilement accorder à des gens qu’on croit être ses amis (et j’en ai fait l’amère expérience il y a presque 15 ans avec quelqu’un que je considérais comme l’un de mes amis intimes alors qu’il ne voulait que s’approprier mon âme, au mépris de moi-même et de mon couple à l’époque). Je n’ai rien vu arriver à l’époque, naïf que j’étais mais nous avons réussi à l’époque ma compagne et moi à nous retrouver et nous en sortir. Je me suis posé beaucoup de questions à ce moment là mais j’ai décidé de ne pas changer, juste de faire plus attention…

Comme il est très bien expliqué dans le livre, ça vous met à l’écart, soit de vous-même (par nécessité) soit parce que les autres vous sentent différent (les ¾ de la population sont plutôt extravertis en moyenne). Et toutes les déesses7 savent bien combien ça m’a coûté.

J’en finis presque par douter [un peu] de ma timidité (ne serait-ce qu’un autre aspect de cette introversion ?) mais finalement ça n’a sans doute ici que peu d’importance. Ça en a en soi dans la compréhension nécessaire de moi-même évidemment.

je sais que certaines des personnes les plus proches de moi l’auront sans doute compris bien avant moi et se diront « mais tu ne le savais pas ? » (voire me le diront). Ben oui, on est toujours le dernier informé, a fortiori sur soi-même. Merci à vous de me supporter.

Je n’en suis qu’au début de ce livre, environ 18 %. J’ai encore plein de choses à y découvrir, je lis à petites doses, pour ne pas m’en prendre trop, ça remue tellement de choses.

Mais n’est-ce pas le plus fabuleux des parcours que celui qui vous permet de mieux (enfin) se connaitre soi-même ?

PS : merci à deuzeffe pour la relecture… <3

Références

  1. “The Introvert Advantage: How to Thrive in an Extrovert World”, Marti Olsen Laney, Ed. Workman Publishing, ISBN 0-7611-2369-5. Sur Goodreads

Notes

  1. Oui, je sais. J’aime pas FB, je le dis souvent mais ça reste malheureusement l’endroit qui rassemble pas mal de copains et connaissances de longue date. So sue me

  2. L’article est ici

  3. Je ne fais quasiment plus que ça sur FB en fonctionnement habituel.

  4. Un livre en anglais oui. Je ne sais même pas s’il est traduit mais ça n’a pas d’importance, j’aime lire en anglais :)

  5. Ça parait contradictoire avec le fait de faire un billet sur le sujet. En fait, non, au contraire si si. Je ne parle que des aspects de moi que je connais bien, et c’est le cas un peu plus là maintenant justement.

  6. Je sais que ça peut paraitre banal en soi mais c’est une sensation qui dépasse pour moi cette banalité. Difficile à expliquer là maintenant.

  7. Étant quasiment athée, je n’aime pas dire, même si c’est du vocabulaire commun, « Et Dieu sait… ».

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